• Atelier d'écriture n°2 animé par les Souffleurs de rêve d'Elancourt

    Samedi 5 novembre : suite de l'atelier d'écriture à Villiers-Saint-Frédéric sur le thème "Enfances".

    Au sein de ma liste à la "Perec" (cf : article précédent), je choisis le thème qui présente, selon moi,  le plus d'intérêt d'un point de vue personnel mais également d'un point de vue littéraire. Voici donc mon premier texte sur le thème de l'écriture. Ecouter en MP3

    «Elle écrit comme un petit chat !» 
    ligne-ecriture.jpg

    1963 : Élancourt Village - Cours élémentaire, première année.

    J’entends encore le son de la cloche, signal de fin de récréation et de mise en rang. Je revois encore l’enfilade de nos porte-manteaux de part et d’autre du couloir. Je respire encore l’odeur mélangée de craie, d’encre et de plastique de nos protège-cahiers. J’effleure encore le bois de mon pupitre au vernis écaillé. Assoiffée d’apprendre et de découvrir, j’adore cet instant d’entrée en classe.

    Ouverture du cahier d’écriture. Je mâchouille la pointe de mon porte-plume. Le goût âpre du bois, ramolli par ma salive, arrive progressivement dans ma bouche. Aujourd’hui, mercredi 6 novembre 1963, lignes d’écriture consacrées à la lettre F.

    Angoisse de l’élève studieuse : la tache d’encre… le plausible pâté violacé ! Je m’assure de la proximité de mon buvard rose avant de tremper ma plume dans l’encrier et de la tapoter contre son rebord en porcelaine blanche afin d’ôter le surplus de fluide.

    La majuscule donne le départ de la ligne… s’appliquer… bien fermer les deux boucles de la minuscule et les ficeler ensemble par un court trait qui s’envole…  une minuscule, puis  deux, puis trois, quatre, cinq… J’ai eu froid pendant la récréation… Alors, soudain… atchoum !

    Malgré l’absorption rapide du liquide par le buvard, l’inévitable est là, à l’intérieur de mon cahier flambant neuf !  La maîtresse me porte secours mais rien n’y fait ! Quelques larmes coulent de mes joues et viennent aggraver, de surcroît,  les salissures de ma page.

    Mon institutrice est fille d’une vieille dame que j’appelle mémé et chez laquelle je me précipite toujours avec enthousiasme, à la sortie de l’école. Après le goûter, nous entamons une longue succession de parties de dominos qui, ce soir-là, est interrompue par la visite de mon professeur.  

    «Elle écrit comme un petit chat !» dit celle-ci à sa mère, en me jetant un regard attendri.
    Écrire comme un petit chat ? Je ne sais pas si, compte tenu de l’épisode matinal du pâté, elle m’adresse à ce moment-là un compliment ou un reproche. Mon esprit enfantin de l’époque opte immédiatement pour la ronde et gracieuse écriture qu’une réputation de chaton serait à même de tracer.

    Plus tard, ma maturité d’adulte m’apprend que l’expression désigne un gribouillis illisible, tel un amas informe de pattes de mouche. Patte de mouche ou griffe de chat ? Il me faudrait le savoir ! Selon le dictionnaire des expressions françaises, celle-ci pourrait trouver son origine chez le greffier, dit  «le chat» en argot parisien. Bref, on ne sait pas vraiment !

    Mais quelle importance à l’heure où je vous raconte cette réminiscence d’enfance ? Je vous écris sans tache, ni rature, à l’aide des lettres standardisées et impersonnelles du clavier de mon ordinateur. Il y a déjà longtemps que ma petite écriture de chat s’est volatilisée, à mon plus grand regret, dans l’immatérialité.

     

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